En fin de contrat à Toulouse cet été, Frank Magri a eu des contacts avec plusieurs équipes de Ligue 1 lors du mercato mais a finalement opté pour le Qatar. Nouveau joueur d’Al-Gharafa en Qatar Stars League, l’attaquant camerounais a raconté les coulisses de son choix et s’est livré sur son adaptation dans le Golfe.
Frank, vous venez juste de quitter Toulouse pour la Qatar Stars League et le club d’Al-Gharafa, est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu votre choix pendant le mercato?
J’avais la volonté de quitter Toulouse parce que j’avais fait trois ans déjà dans ce club. J’avais vécu pas mal de choses. Je pensais avoir un peu fait le tour. À la vue des opportunités qui m’ont été proposées, je pense avoir fait le meilleur choix pour moi, pour ma carrière, pour mon futur. J’avais envie de découvrir un nouveau championnat. C’est vrai que j’ai eu pas mal…, j’ai eu certaines touches dans certains championnats européens mais qui ne me convenaient pas plus que ça. Donc quand j’ai eu l’intérêt d’Al-Gharafa, ça m’a tout de suite parlé. Le pays est magnifique, la ville est incroyable. Il y a de bonnes choses pour s’épanouir ici, donc je suis très content d’avoir pris ce choix-là.
Vous en parlez un peu justement, comment ça se passe votre adaptation sur place, parce que si j’ai bien compris sportivement, c’est plutôt pas mal avec doublé pour lancer la saison. Sur place, comment est la vie là-bas?
Franchement, c’est incroyable. J’ai été agréablement surpris. Après, je savais…, je m’étais beaucoup renseigné avant de faire ce choix-là. Et tous les échos que j’avais de la ville de Doha, c’étaient de bons échos. Et vraiment, quand j’ai atterri ici, j’ai tout de suite senti que c’est une ville qui respire à la tranquillité, la paix, la sécurité. On a des infrastructures incroyables.

Moi, j’ai toujours voulu jouer dans un club avec une belle ville pour m’épanouir. Mais aussi en famille, c’est important. J’ai joué à Angers, j’ai joué à Bastia, j’ai joué à Toulouse. J’avais toujours ce souci-là de trouver une belle ville. Et en atterrissant à Doha, j’ai été totalement servi. Je pense qu’en termes d’infrastructures, de structures et de villes, on ne peut pas faire mieux.
Donc, je suis très content. L’adaptation s’est faite facilement parce que j’ai été très bien accueilli par tout le monde, par les dirigeants, par les joueurs, par le staff. Vraiment, tout le monde m’a mis à l’aise dès le début. Et comme tu l’as dit, ça se ressent après sur le terrain (il a marqué un doublé contre Al-Shahaniya lors du succès de son équipe 2-1 pour la première journée de QSL, NDLR) . Certes ce n’est que le premier match, mais on va essayer de garder ça. En tout cas, même sur le terrain, je me sens bien.
Vous parliez un petit peu de la sécurité de la ville de Doha. Ça ne vous a pas un peu refroidi au moment de faire votre choix? Les récents événements qu’il y a pu avoir dans le Golfe depuis ces derniers mois, on a vu pas mal de conflits avec l’Iran, des choses comme ça, où il y a pu y avoir des bombardements un peu autour du Qatar et des Émirats. Ça ne vous a pas du tout refroidi dans votre choix, ça?
Franchement, je me suis renseigné. Après, pareil, les échos que j’ai eus, sans minimiser la chose, attention, c’était… Alors c’était oui, il y a eu quelques épisodes, mais ce n’était pas non plus… Je n’ai pas eu des échos dramatiques de la situation et tout. Je pense que la situation, elle s’est un peu calmée. Je ne suis pas très focus dans ces histoires un peu géopolitiques, Mais de ce que j’ai entendu, on n’était pas sur une zone vraiment de guerre. Donc voilà, ça ne m’a pas plus trotté dans l’esprit que ça.
« De plus en plus de clubs qui sont un peu en difficulté financière »
Et vous fêtez bientôt vos 27 ans. On peut s’étonner peut-être un peu de vous avoir vu quitter la Ligue 1 et l’Europe, comme vous disiez, assez jeune finalement. Est-ce que les difficultés économiques qu’on a pu voir sur les clubs français, ça a pu jouer dans votre décision ou pas? Par exemple, on voit que Toulouse a été obligé de vendre Emersonn, Dayann Methalie, Cresswell assez cher cet été…Et dans les pistes que vous aviez pour le mercato, il y a eu des clubs français qui vous ont contacté. Est-ce que les problèmes en Ligue 1, les problèmes économiques, financiers, ont pu jouer dans votre choix ou pas? Ou est-ce vraiment le projet du Qatar, de la QSL qui vous ont séduit?
Honnêtement, oui et non. Parce que, comme tu l’as dit, j’ai eu des discussions avec des clubs français, avec des clubs européens aussi. C’est vrai que sur les conditions contractuelles, je ressentais en fait que c’était dur d’obtenir ce que je voulais, ce à quoi je prétendais. Peut-être que mes prétentions étaient aussi un peu trop hautes, je ne sais pas. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, dans ce contexte-là… pour certains joueurs, c’est compliqué d’avoir ce que tu veux en termes contractuels. Donc voilà, je pense que c’est un peu une nouvelle ère du football européen qui s’écrit parce qu’il y a de plus en plus de clubs qui sont un peu en difficulté financière. Ça va faire aussi le bonheur de certains, je pense. Donc voilà, mais en tout cas, moi, je n’ai pas trouvé mon bonheur entre guillemets en Europe et je l’ai trouvé à Al-Gharafa.
Et malgré votre départ au Qatar, je suppose que…en plus, il y a une belle communauté de joueurs francophones et d’anciens de Ligue 1 en QSL. J’imagine que vous allez suivre un peu quand même la saison de Ligue 1et que vous avez suivi un peu les débuts toulousains samedi, peut-être, non?
Oui, bien sûr, samedi soir, je suis devant ma tablette, je vais suivre la Ligue 1, je vais suivre le football européen comme j’ai l’habitude de le faire, comme j’avais l’habitude de regarder les matchs quand j’étais à Toulouse. Samedi, effectivement, j’étais devant le match pour regarder mon ancien club. Et voilà, je leur souhaite tout le meilleur pour cette saison.
« Je pense que la saison ne va pas être facile aussi parce qu’il y a eu beaucoup de départs à Toulouse. »
Je ne sais pas s’il y en aura encore, mais à Toulouse, c’est toujours un peu la même chose chaque été parce que, comme tu l’as dit, il y a une exigence financière à tenir et il faut des ventes pour que le club se sente bien financièrement. On est un peu habitué à Toulouse. Et là, je pense qu’il y a eu aussi un peu plus de départs que d’habitude, je pense. Mais voilà, ça va être dur comme chaque année, mais comme chaque année, je les sens capable de faire le job et de faire une saison correcte.
Magri sait qu’Eto’o va faire « les bons choix pour amener la sélection camerounaise au plus haut »
Je voudrais parler un peu aussi du Cameroun et de la sélection. Parce qu’on a vu à la Coupe du Monde2026 que les sélections africaines ont fait vraiment de belles performances, du bon boulot. Selon vous, qu’est-ce qu’il manque au Cameroun pour retrouver une place de premier plan dans le foot africain, dans le foot continental? Parce que la CAN était assez encourageante finalement…
Oui, c’était encourageant. Après, je ne vais pas revenir sur les épisodes qui sont passés sur la dernière année, mais il y a eu beaucoup de problèmes, on va dire, autour de l’équipe, qui nous ont desservis. Je pense que notre non-qualification à la Coupe du Monde, moi personnellement, je sais que c’est ça qui nous a causé du tort. Qu’est-ce qui nous manque aujourd’hui? Je pense qu’il y a quand même un bon groupe qui est en train de se créer, avec de bons joueurs, de gros talents africains, de jeunes joueurs. Donc te dire qu’il faudrait du temps, ce serait un peu… le temps on n’en a pas dans le football malheureusement et encore moins en sélection, puisqu’on a encore moins de temps qu’en club pour travailler, bosser, pour travailler collectivement, mais il faudra de la régularité et tout simplement. Il faudra faire preuve de personnalités, de courage dans les matchs de qualification. Et voilà, d’être performants, de jouer avec du courage, comme nous on sait le faire au Cameroun. Et avec la génération talentueuse qui est en train de venir, j’espère en tout cas que le Cameroun va retrouver sa place sur le continent africain et sur la zone aussi mondiale.
Et vous pensez justement que le président Eto’o et le sélectionneur Pagou, ce sont les hommes pour mener ce renouveau du Cameroun et des Lions ou pas?
Oui, en tout cas, le président, je pense qu’il fait un très bon boulot au sein de la sélection. C’est quelqu’un qui aime énormément son pays et qui donne tout, qui fait tout en pour faire briller ce pays sur la zone mondiale. Donc je sais qu’il va, nous en tout cas à l’intérieur, on sait qu’il va prendre les bonnes décisions, les bons choix pour amener la sélection camerounaise au plus haut, le plus haut possible. Que ce soit, encore une fois, je le répète, sur le football africain, mais aussi sur le football mondial.

Avant votre départ justement vers le Qatar, vers Al-Gharafa, avez-vous échangé avec votre sélectionneur ou peut-être même après, pour parler de votre place en sélection, parce que vous quittez le haut niveau européen pour un championnat peut-être moins connu. Est-ce que vous avez eu des garanties que ça ne changeait pas votre place dans son groupe ou des choses comme ça ou pas?
Honnêtement, je n’avais pas discuté avec lui. Je n’ai pas voulu en discuter parce que pour moi, c’est un choix que je devais prendre moi, personnellement, sur ma carrière, je pense qu’il n’y a personne de mieux placé que moi pour faire mes choix, tout simplement. Après, je sais que même quand j’étais à Toulouse et que j’allais en sélection, il y avait des joueurs qui jouaient en Arabie saoudite ou Qatar qui étaient quand même sélectionnés. Donc, je ne me pose pas d’interrogation par rapport à ça. Je pense que le plus important, c’est d’être, de se sentir bien physiquement, d’être performant aussi. Et après, si le sélectionneur fait appel à moi, je serai très content de répondre à son appel, simplement.
Vous avez signé pour deux ans, si je ne dis pas de bêtises, à Al-Gharafa. C’est quoi votre plan pour le futur? On fait les deux ans, on attend de voir comment ça se passe. Voulez-vous vous installer, avez-vous déjà envisagé de rester sur le long terme au Qatar, on va en Europe, on cherche une autre destination exotique, comme la MLS, l’Australie… c’est ouvert, je suppose…
Dans le football, c’est dur de se projeter sur le futur. C’est vraiment dur. Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, je suis très content là où je suis. Je suis très content de là où je suis arrivé. Et comme tu l’as dit, j’ai signé deux ans. Après, on ne sait pas de quoi il fait demain. Si je dois partir, je partirai. Si je dois trouver quelque chose ailleurs, dans un autre championnat, et que je me sens épanoui, je ferai ce choix-là.
Mais pour l’instant, ce qui est sûr, c’est que je suis très content d’être là où je suis. Et on verra par la suite ce qu’il se passera. Franchement, je ne me pose vraiment pas de questions sur mon futur, je viens à peine d’arriver, donc j’essaie de vivre l’expérience que je vis à plein escient et à 100%. J’espère que je me sentirai le plus longtemps possible épanoui.






