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comment Fenerbahçe a pu s’offrir un effectif de stars avant de défier l’OL?

À l’heure de retrouver l’OL en barrage retour de la Ligue des champions, ce mercredi (21h) au Groupama Stadium, Fenerbahçe va pouvoir s’appuyer sur sa pléiade de stars, à l’image d’Ederson, N’Golo Kanté, Mason Greenwood ou Romelu Lukaku. David Gluzman, le banquier de l’After Foot sur RMC, explique comment le club turc a pu se bâtir un effectif aussi prestigieux.

Un rapide coup d’œil à la balance de son mercato estival suffit à comprendre la stratégie de Fenerbahçe. Avec 71,6 millions d’euros de recrutement et 2 millions d’euros de ventes, le club turc a choisi de se montrer particulièrement agressif sur le marché des transferts. Comme l’an passé. Une manière d’attirer une pléiade de stars sur les rives du Bosphore, à l’image de Romelu Lukaku, N’Golo Kanté, Ederson, Marco Asensio, Nathan Aké, Mattéo Guendouzi, Milan Skriniar, Sofyan Amrabat, Nelson Semedo, Vedat Muriqi ou Mason Greenwood, qui est devenu la recrue la plus chère de l’histoire du club en débarquant pour 39 millions d’euros en provenance de l’OM.

À l’heure de retrouver l’Olympique lyonnais en barrage retour de Ligue des champions, ce mercredi (21h) au Groupama Stadium, le Fener, tenu en échec la semaine passée à Istanbul (1-1), peut compter sur un effectif de renom, avec des joueurs pour la plupart en quête de rebond ou en fin de parcours. Une situation qui s’explique déjà par la puissance commerciale du club stambouliote, comme le rappelle David Gluzman dans « C Carré« , l’émission de décryptage d’RMC Sport. Avec un chiffre d’affaires annuel estimé à 250 millions d’euros, l’équipe aux 19 titres de champion de Turquie fait partie du top 25 européen, au même niveau que Brighton ou West Ham, qui bénéficient des droits télévisuels colossaux du football anglais (bien supérieurs à la centaine de millions d’euros annuels).

« L’existence financière de Fenerbahçe n’est pas menacée »

À l’inverse, au contraire de nombreux clubs français de milieu de tableau, Fenerbahçe n’est pas dépendant de revenus extérieurs. Les droits TV ne représentent que 12% de son chiffre d’affaires. Le club basé dans la partie asiatique d’Istanbul dispose de trois sources principales de revenus: le merchandising, l’exploitation du stade Sükrü Saracoglu et le sponsoring. Le Fener’ a récemment signé un deal de 120 millions d’euros sur cinq ans avec Chobani, une entreprise américaine de produits laitiers fondée par un entrepreneur d’origine turque.

« L’existence financière du Fenerbahçe n’est pas menacée », assure David Gluzman, malgré les informations qui circulent sur l’ampleur de la dette du club. « Il y a pas mal de fausses idées véhiculées à ce sujet », poursuit le banquier de l’émission l’After Foot sur RMC. « J’ai lu un chiffre de 430 millions d’euros de dette, mais je trouve qu’on fait beaucoup trop de généralités concernant cette dette et son montant absolu. Pour rappel, Manchester United avait plus de 1 milliard de dette. La dette ne veut rien dire en montant absolu. Il faut regarder de quel type de dette il s’agit, quelle est l’identité du créancier, à quelle échéance, à qui elle est due, quel est son coût, sa maturité, si c’est une dette fiscale, une dette financière, une dette immobilière, si elle est négociable, etc… « 

« Quand on parle du Fenerbahçe, j’ai l’impression qu’on a agrégé tous les types de dettes et qu’on a ressorti un montant volontairement important, sans vraiment faire une analyse fine de l’endettement. »

« Une structure surprenante par rapport à ce qu’on connaît en Europe »

Même s’il a ouvert son capital à des investisseurs extérieurs, le Fenerbahçe Sport Kulübü (son nom complet) reste sous le contrôle de sa propre association, qui possède plus de 60% de l’actionnariat. Son président est élu pour trois ans, avec un maximum de quatre mandats successifs, sur un modèle qui rappelle celui des socios en Espagne. Le 7 juin dernier, le populaire Aziz Yildirim (73 ans) a été réélu après avoir occupé la fonction avec un certain succès durant deux décennies, entre 1998 et 2018. Son retour aux affaires a provoqué une hausse de l’action du club, qui est introduit en bourse depuis vingt-deux ans. Lors de sa campagne, Yildirim a promis de nettoyer les comptes du club, en réduisant notamment le déficit et en désendettant le club. Ce désendettement a d’ailleurs été amorcé via la vente de biens immobiliers début 2026 et une augmentation de capital récente (en 2025 sous l’ancienne présidence). Reste encore à négocier avec l’Etat les modalités de l’importante dette fiscale du club.

« Fenerbahçe a une structure un peu surprenante et novatrice par rapport à ce qu’on connaît en Europe, avec une entité qui gère sa commercialisation », précise David Gluzman. Cette entité s’est étoffée au fil des ans, avec la création d’une filiale qui s’occupe spécifiquement du merchandising à l’étranger depuis l’Allemagne, où réside une importante diaspora turque. Le Fener’, qui cumule près de 30 millions d’abonnés sur ses différents réseaux, est globalement très suivi hors de Turquie.

Une masse salariale extrêmement élevée

« Le vrai souci du Fenerbahçe, c’est son train de vie », tranche David Gluzman. « La masse salariale oscille entre 140 et 170 millions d’euros, avec des salaires princiers. C’est deux à trois fois plus que des clubs comme Lille ou Lens. Si on ajoute à cela l’amortissement des indemnités de transfert, on arrive à un chiffre d’affaires qui est quasiment mangé par les dépenses joueurs. »

Fenerbahçe a d’ailleurs été épinglé par le « Squad Cost Ratio », un cadre de contrôle financier qui impose notamment un plafonnement des dépenses joueurs (salaires, indemnités de transferts, frais d’agent), pour qu’elles n’excèdent pas 70% du chiffre d’affaires d’un club.

Avec sa politique de recrutement agressive, le Fener l’a largement dépassé, sa masse salariale atteignant 84% de son chiffre d’affaires. L’équipe stambouliote a donc reçu une amende de 11 millions d’euros, réduite ensuite à 7 millions. D’autres clubs ont également été sanctionnés pour des raisons similaires, sachant qu’en cas d’excès majeurs, les sanctions prévues peuvent aller jusqu’à des exclusions de compétitions.

Une qualification précieuse pour la Ligue des champions

Dans cette optique, la qualification pour la première phase de la Ligue des champions revêt un enjeu important pour Fenerbahçe, qui ne l’a plus disputée depuis 2009. Un parcours en C1 pourrait lui permettre d’encaisser plusieurs dizaines de millions d’euros supplémentaires. De quoi lui permettre d’augmenter son chiffre d’affaires et d’absorber ainsi une plus grande masse salariale, sans risquer de sanction. Les joueurs d’Ismail Kartal offriraient donc plus qu’une simple victoire à leurs dirigeants s’ils parvenaient à éliminer l’OL en barrages.

La majorité des grands clubs de Turquie fonctionnent presque sur le même modèle que le Fener et doivent composer avec plusieurs obstacles incontournables, comme la dévaluation constante de la livre turque ces dernières années. Les clubs garantissent les salaires en euros ou en dollars à leurs joueurs, sachant qu’une partie importante de leurs propres revenus sont générés en livres turcs.

Soutenus par les décideurs politiques du pays, les cadors de SüperLig représentent toutefois des fleurons industriels et de précieuses vitrines internationales. Dans cette optique, la dette des clubs turcs a été restructurée en 2021 afin de leur permettre de poursuivre leurs activités plus sereinement. Et se lancer dans des projets ambitieux.

senegalfoot24@gmail.com

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