mardi, novembre 3, 2026
Blog

c’est quoi cette étrange routine d’avant-match qui aide Godo à empiler les buts?

Les images de Martial Godo, aperçu en pleine routine de visualisation avant Strasbourg-Auxerre, ont intrigué. De plus en plus présente dans le sport de haut niveau, cette préparation mêle travail mental et stimulation neurovisuelle. Objectif: mieux traiter les informations, gagner en concentration et faciliter la prise de décision. Décryptage.

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Avant la rencontre face à Auxerre dimanche, Martial Godo, attaquant du RC Strasbourg, a été aperçu en train de réaliser une étonnante routine sur la pelouse. Clignements alternés des yeux, mouvements des mains, puis déambulation dans la surface de réparation: le joueur semble répéter mentalement certaines situations de jeu. Une scène qui illustre une pratique de plus en plus visible dans le sport de haut niveau. Le mois dernier, l’attaquant néerlandais du FC Twente, Wout Weghorst avait lui aussi été aperçu en train de réaliser ce type d’exercice, quelques minutes avant le coup d’envoi.

Derrière ces images se cachent deux notions bien distinctes, encore peu connues du grand public : la visualisation mentale et la préparation neurovisuelle.

Visualiser pour anticiper, la neurovision pour mieux réagir

« La visualisation, c’est vraiment créer mentalement une image », résume Angela Ragaigne, orthoptiste spécialiste en neurovision pour les sportifs de haut niveau. Concrètement, un athlète imagine une action avant de la réaliser. Un footballeur peut ainsi se représenter une course, un appel dans la profondeur ou une frappe au but. Un joueur de tennis peut, lui, répéter mentalement un coup droit ou un revers, comme un judoka peut visualiser une projection lors d’un combat.

L’intérêt? Préparer le cerveau à une situation qu’il devra reproduire en compétition. « Il y a des activités au niveau cérébral qui se produisent, de même au niveau des mains, des bras et des jambes. Et on retrouve exactement les mêmes connexions lors du ‘véritable’ effort », explique Sébastien Durand, préparateur physique qui travaille conjointement avec l’orthoptiste Angela Ragaigne. À très haut niveau, où une action peut se jouer en quelques dixièmes de seconde, cette répétition mentale peut faciliter les réflexes et limiter les hésitations. « Sur une action, un attaquant, un buteur, n’a pas le temps de réfléchir. Ça se joue sur des prises de décision en dixièmes de seconde. Tout ça doit avoir été travaillé en amont pour que ça devienne un automatisme », poursuit-il.

La neurovision répond, elle, à un autre objectif. Il ne s’agit plus simplement d’imaginer une action, mais d’entraîner la manière dont les yeux et le cerveau captent, traitent et analysent les informations visuelles. Les exercices peuvent notamment mobiliser les mouvements oculaires, la vision périphérique ou encore la capacité à sélectionner les informations importantes. « La neurovision va apporter des bénéfices sur le traitement de l’information visuelle, sur la réactivité, sur la prise d’informations et sur la manière dont on va y répondre », détaille Angela Ragaigne, avant d’ajouter que 80 % de la prise d’informations se fait par la vision.

Mieux lire le jeu pour gagner du temps

Dans des sports où tout va très vite, cette capacité à traiter les informations peut faire la différence. Un joueur de tennis doit par exemple anticiper un service qui dépasse les 200 km/h. Un rugbyman doit analyser les déplacements de plusieurs adversaires tout en identifiant les espaces disponibles. Un coureur de trail doit anticiper les obstacles sur sa route lorsqu’il descend, lancé. « Ils ont cette impression que le jeu va doucement, alors qu’il va toujours aussi vite », raconte Sébastien Durand à propos des sportifs qu’il accompagne. L’objectif est notamment de mieux filtrer les informations, de se concentrer sur celles qui comptent et de prendre la bonne décision au bon moment. Toujours dans une logique de performance. 

Ces exercices peuvent également aider les sportifs à mieux gérer leur concentration et leur stress avant une échéance. Mais attention, il n’existe pas de routine universelle. « La prise en charge repose vraiment sur quelque chose de personnalisé », insiste l’orthoptiste. Avant de proposer des exercices, les spécialistes réalisent des bilans pour identifier les besoins de chaque athlète. Un gardien de but, un attaquant ou un joueur de tennis n’ont évidemment pas les mêmes exigences visuelles. Reproduire la routine de Martial Godo, par exemple, n’aurait donc aucun effet sur un autre athlète.

Une pratique appelée à se développer

Si ces méthodes restent encore peu répandues, elles commencent à gagner du terrain. Le phénomène est notamment visible dans certaines ligues américaines, comme en NBA ou NFL. Et les perspectives dépassent largement le football : sports collectifs, sports de combat, tennis, disciplines de vitesse ou encore sports automobiles peuvent être concernés. Pour le préparateur physique, Sébastien Durand, la question n’est d’ailleurs plus de savoir si ces techniques vont s’installer durablement dans le sport de haut niveau, mais plutôt « quand et surtout comment ça va être fait ». 

Les deux spécialistes rappellent toutefois que les exercices visibles avant un match, comme la routine de Martial Godo, ne représentent qu’une petite partie du travail. « L’échauffement, c’est 10 % du processus », précise Angela Ragaigne. Derrière ces quelques minutes se trouvent des bilans, des exercices individualisés et un suivi tout au long de la saison.

Au fil du temps, la préparation physique s’est développée, intégrant progressivement le renforcement, la mobilité et la récupération. L’entraînement des yeux et du cerveau pourrait bien constituer la prochaine étape. Car dans le sport de haut niveau, où chaque fraction de seconde compte, mieux voir, mieux analyser et mieux anticiper peut devenir un avantage supplémentaire. Et, la neurovision comme la visualisation pourraient bien constituer de nouveaux leviers de performance à explorer.

Laisser un commentaire