mardi, août 11, 2026

à Lorient, Olivier Pantaloni vit « caché et heureux »

Olivier Pantaloni a dirigé face à Auxerre dimanche son 100ème match de Ligue 1. Avant le quart de finale de Coupe de France entre Lorient et Nice, ce mercredi (20h30), portrait d’un coach discret installé en Bretagne depuis près de deux ans et qui pourrait bien prolonger son bail sur la côte Atlantique.  

“La Corse me manque, c’est certain. » Et ce ne sont pas les seaux d’eau tombés depuis le début de l’année sur le Morbihan qui ont pu faire changer d’avis Olivier Pantaloni, le coach né à Bastia et installé à Lorient depuis juin 2024. Mais l’avant-goût de printemps arrivé en Bretagne depuis une semaine et l’évocation de son village de Bastelica suffisent à redonner le sourire à l’ancien attaquant formé au Gazélec d’Ajaccio. 

“Il y a une petite station de ski qui est fort enneigée cette année. Vous êtes entre la montagne et la plage à une heure de temps. Vous pouvez monter skier le matin et descendre manger des oursins en bord de plage à midi. » Un programme de farniente qui n’est pas pour tout de suite, car Olivier Pantaloni a du pain sur la planche.

Et jusqu’à maintenant il a découpé en tranches tous les objectifs que sa direction lui servait au menu: une accession en Ligue 1 et un maintien. En cas de victoire ce mercredi soir face à Nice (20h30), il pourrait même servir au club, qui fête ses cent ans cette saison, une quatrième demi-finale dans l’histoire des Merlus en Coupe de France. C’est dire si le mariage entre le Corse et la Bretagne fonctionne. Il y a 20 mois certains doutaient pourtant. 

Un entraîneur un peu « old school »

C’est le cas de Maxime Chanot. Le consultant RMC Sport, Corse, lui aussi, avait répondu, après douze saisons en MLS, à l’appel de Pantaloni qui l’avait recruté en 2023 à Ajaccio. « Très honnêtement je suis vraiment surpris de la saison qu’il fait. Quand tu regardes ses qualités d’entraîneur pour moi, c’est plus un coach un peu ‘old school’. Aujourd’hui tu installes des entraîneurs très jeunes biberonnés par Guardiola ou Mourinho. Donc qu’il ait ces résultats-ci aujourd’hui avec un club comme Lorient, ça m’impressionne. J’aime beaucoup le personnage. C’est un super gars, qui dans sa mission est très bon, c’est-à-dire qu’il sait exactement comment jouer. Mais c’est vrai qu’il ne m’a pas forcément impressionné tactiquement parlant. Mettre en place un projet de jeu, ce n’est pas forcément sa qualité numéro un. Mais ça fonctionne parce que je pense qu’il a l’humilité de comprendre à quoi ressemble son groupe et il réussit à les faire jouer avec leurs qualités. » 

Maxime Chanot: « Je l’ai vu sacrément secouer quelques joueurs » 

L’arrivée d’Olivier Pantaloni pour succéder à Régis Le Bris en avait surpris plus d’un. Mais Olivier Pantaloni souhaitait sortir de sa zone de confort ou plutôt géographique: « Je tombais à un certain moment dans une forme de routine et il fallait donner un autre élan, pas à ma carrière, mais à mon envie d’entraîner. J’ai eu cette opportunité et ça a bien fonctionné. Cette année aussi, avec un objectif maintien, ça pouvait paraître compliqué au départ, mais on a eu un groupe de joueurs, un staff qui a très bien travaillé. »

Pour les observateurs, Pantaloni c’est « une main de fer, dans un gant de velours ». Le coach à la voix posée et au crâne lisse pourrait passer pour un spécialiste bouddhiste de la méditation. « Il s’est calmé », s’amuse Maxime Chanot. « Mais ça pouvait vite partir dans les tours. Je l’ai vu sacrément secouer quelques joueurs sur des séances d’entraînement ou des causeries de milieu de match. Il sait être dur parfois. » 

“Je suis peut-être aujourd’hui plus souple”. 

Un peu comme l’était l’ancienne génération, celle de sa mère institutrice ou son père professeur de mathématiques. Retour en Corse. « J’ai pris des coups de baguette sur les mains de la part de ma mère quand je faisais des fautes d’orthographe. Mon père était très cartésien, c’était assez strict. Il y a l’éducation qui entre en jeu, mais après, au fil du temps, on se forge aussi son identité. » 

Pour le coach, qui sourit à l’évocation de ces souvenirs, l’âge à fait son œuvre. « De temps en temps, il y a des joueurs qui veulent montrer un petit peu leurs biceps, tout simplement. Mais ça rentre très vite dans l’ordre. Mais effectivement, j’ai évolué. On apprend de toutes les expériences. Je suis peut-être aujourd’hui plus souple. J’ai eu encore une discussion avec un joueur hier, à qui j’expliquais justement qu’il fallait s’ouvrir, parler, échanger. Parce que se fermer, ça amène des conflits, et de la frustration. Donc il vaut mieux éviter, crever les abcès dès qu’on peut les crever, pour que les choses se passent le mieux possible.” 

Pablo Pagis qui éclate cette saison au plus haut niveau, apprécie cette relation avec son entraîneur. « C’est quelqu’un de très humain. Il ne laisse personne de côté, et gère son groupe parfaitement avec l’aide de son staff. J’ai une belle relation avec lui et j’espère que ça va continuer. » En fin de contrat en juin l’avenir d’Olivier Pantaloni en Bretagne, un temps incertain, semble d’ailleurs s’éclaircir avec l’arrivée du printemps. 

Yvon Pouliquen: « J’espère le voir encore ici pendant quelques années »

Venu dimanche dernier au stade du Moustoir pour l’inauguration du mur des légendes, Yvon Pouliquen, seul entraîneur vainqueur d’un trophée avec les Morbihannais, la Coupe de France 2002, souhaite, lui aussi, que l’aventure se poursuive. « J’espère le voir encore ici pendant quelques années. Déjà je trouve qu’un Corse en Bretagne, ça va bien. Les mentalités se ressemblent quand même un petit peu. Il est peut-être sous-coté au vu du travail qu’il a effectué depuis deux ans. Le reconduire au sein du FC Lorient, ça me semble être la moindre des choses. »

Le président Loïc Féry et le nouvel actionnaire américain Black night football club ont fait ces derniers jours une proposition de prolongation au coach lorientais. Quand on demande à Olivier Pantaloni s’il pense fêter en Bretagne ses 60 ans le 13 décembre prochain, il glisse avec malice: « C’est une possibilité, oui. C’est une possibilité. » 

Un succès en Coupe de France ce mercredi soir face à Nice permettrait aux Lorientais de n’être plus qu’à deux victoires d’un second trophée dans l’armoire du club. Mais ne parlez pas à Olivier Pantaloni d’avoir son portrait sur le mur des légendes. « Ce n’est pas mon ambition. La victoire en Coupe de France, oui, mais pas d’être sur le mur des légendes. Il y a des gens beaucoup plus importants que moi qui sont passés ici. Je ne cherche pas à attirer la lumière sur moi, ça a toujours été comme ça, même plus jeune. Je suis heureux comme je vis: vivons cachés, vivons heureux. » Même loin de la Corse, dans cette Bretagne qu’il trouve « magnifique”, Olivier Pantaloni a trouvé un territoire fort et discret, à son image.  

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