jeudi, novembre 5, 2026
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prise de risques, jeu loin de la surface… le poste de gardien à l’épreuve du football moderne

Le décès de l’attaquant espagnol du CD Tenerife, Jesus de Miguel, après un contact avec Jesus Owono, portier du FC Andorre, a suscité une vive émotion dans le monde du football ces dernières heures. Ce drame soulève également des questions sur les nouvelles exigences pour les gardiens. D’anciens joueurs nous livrent leur regard sur l’évolution de ce poste.

Un duel aérien qui a viré au drame. Lors du match entre Tenerife et Andorre disputé lundi soir, alors qu’il part en profondeur pour jouer un ballon aérien, Jesus de Miguel se percute avec Jesus Owono, dernier rempart de l’équipe adverse, sorti de sa surface. Mardi matin, Jesus de Miguel est décédé des suites de ses blessures. « Ce sont des situations extrêmement compliquées parce que l’attaquant a les yeux figés sur le ballon, il ne regarde pas la course d’Owono, ce qui est normal », confie Thierry Barnerat, spécialiste des gardiens de but.

« Je ne vois pas ce qui pourrait être modifié »

« Je n’ai pas envie de blâmer le joueur d’Andorre parce que c’est un geste, une analyse de la situation qui n’est pas bonne de sa part très clairement et qui entraîne un drame », observe Benoît Costil, ancien portier de l’Equipe de France et aujourd’hui consultant RMC Sport. Après cet événement, faut-il envisager une évolution des règles sur les sorties des gardiens? Difficile à imaginer pour l’ancien joueur de Rennes ou encore Bordeaux. « On ne va pas non plus empêcher un gardien de sortir. C’est un événement qui est dramatique, on en est tous attristés, mais pour autant je ne vois pas ce qui pourrait être modifié. S’il y en a un qui a la solution, je serais curieux de l’entendre parce que là je ne vois pas ce qui pourrait être changé », insiste Benoît Costil, avant de poursuivre: « Ce serait une remise en arrière ». « Ce n’est pas le fait de sortir. Comment voulez-vous adapter des règles sur une situation qui est incroyable? », s’interroge de son côté Thierry Barnerat. Pour ce spécialiste du poste, le choc entre Jesus de Miguel et Jesus Owono aurait également pu se produire « 20 à 25 mètres plus loin », au niveau de la surface de réparation.

Un poste en pleine mutation

A l’image de Jesus Owono, les gardiens se retrouvent aujourd’hui dans une position plus haute sur le terrain. « Ils prennent de plus en plus de risques parce que c’est ce qui leur est demandé », constate Benoît Costil. L’ancien international français, qui prend notamment pour exemple les sorties de Mike Maignan lors du dernier rassemblement des Bleus, apprécie ce changement. Sur certaines phases de jeu, le gardien se transforme aujourd’hui en un joueur de champ, parfois intégré au cœur de la défense. « Son rôle évolue en fonction des entraîneurs, de leur style de jeu, de leur conception du jeu et on est de plus en plus intégrés dans ces premières relances ou dans la gestion de la profondeur pour couvrir ses centraux parce que les entraîneurs modernes vont aussi demander à faire un pressing haut, un contre-pressing haut et donc avec une défense qui va jouer quasiment dans le camp adverse par moments. Et c’est au gardien de couvrir cette distance-là au cas où il y a un ballon en profondeur », analyse le consultant RMC Sport, qui adorait « être connecté au jeu » lorsqu’il foulait les pelouses au cours de sa carrière.

« On donne beaucoup trop de responsabilités au gardien de but »

Mais si cette évolution du poste répond aux exigences du football actuel, elle n’est pas sans contrepartie. Avec une marge d’erreur parfois très réduite. « Tout le monde veut que le gardien de but soit presque un numéro 10 », ironise Lionel Charbonnier, champion du monde en 1998 avec l’Equipe de France et consultant RMC Sport. Il regrette toutefois ce nouveau rôle donné au gardien de but, qui ne se contente plus seulement de faire des « arrêts ». « On fait avec, il faut tout accepter. Il faut aussi accepter que sous la pression, il n’y ait pas une analyse très cohérente chez certains joueurs (…) On donne beaucoup trop de responsabilités au gardien de but », déclare l’ancien portier passé par Auxerre entre 1987 et 1998.

Si Lionel Charbonnier ne croit pas à une remise en question des pratiques actuelles, le drame de lundi soir pourrait néanmoins alimenter le débat sur l’évolution du rôle des gardiens dans le football moderne.

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