un parieur a-t-il profité d’informations confidentielles pour empocher une petite fortune sur Polymarket?
Harry Kane a remporté le Ballon d’or 2026 devant Kylian Mbappé et Lamine Yamal ce lundi au London Palladium. Mais si la cérémonie a occasionné un gros suspense jusqu’au sacre de l’attaquant anglais, un internaute aurait misé près de 240.000 euros sur des paris suspects via la plateforme Polymarket. Les explications de RMC Sport autour de ce potentiel délit d’initié en marge de la soirée du Ballon d’or et du sacre du buteur anglais à Londres.
Bouchons à Londres et gros retard oblige, il aura fallu attendre 23h51 ce lundi pour connaître l’identité du Ballon d’or 2026 et assister au sacre de Harry Kane devant Kylian Mbappé et Lamine Yamal. Si la cérémonie s’est déroulée sans polémique majeure, des paris suspects sur Polymarket pourraient provoquer un scandale de grande ampleur. Site spécialisé dans l’analyse des marchés prédictifs et de cette plateforme interdite en France, Upside a ainsi identifié des mouvements étranges provenant de plusieurs comptes récemment créés.
« Les gens qui utilisent ces plateformes, notamment ceux qui parient, ont des habitudes récurrentes et ont des manières de le faire. Ce qui nous a alerté, c’est avant tout les sommes qui ont été mises en jeu, donc un peu plus de 250.000 dollars, 264.000 dollars pour être exact », explique pour RMC Sport Raphaël Pautard, co-fondateur et PDG de Upside Groupe. « Mais c’est surtout la façon avec laquelle ça a été fait. Tous les comptes qui ont parié ont été créés fin septembre ou début octobre, et ont réagi plus ou moins à l’ouverture de certains marchés. »
Des paris contre la logique autour du duel Yamal-Mbappé
Au-delà des montants misés par des comptes nouvellement créés, les équipes d’Upside ont également identifié un schéma étrange et à contre-courant des habitudes des parieurs ou de la logique statistique. Et pourtant, à l’arrivée, c’est un bénéfice de près de 180.000 euros (200.000 dollars) sans aucun pari perdant pour ces parieurs.
« Ce qui a vraiment alerté nos regards, c’est que déjà, ce fameux parieur avait au début parié avec des nouveaux comptes sur la victoire d’Harry Kane », continue l’expert des marchés prédictifs et du fonctionnement de Polymarket. « Ce qui a vraiment éveillé nos soupçons ensuite, ce sont les sommes misées deux semaines avant le Ballon d’or. Mais c’est surtout ce qu’il s’est passé dans les semaines où des nouveaux marchés sont apparus, notamment des marchés qui permettaient de définir les cinq premières places: la cinquième, la quatrième, la troisième et la deuxième. […] Le marché qui a un peu tout déclenché pour nous, c’était de savoir si Kylian Mbappé allait finir devant Lamine Yamal. En l’occurrence, les bookmakers et l’opinion publique penchaient en grande majorité pour Yamal devant Mbappé et ce parieur s’est mis à parier massivement sur ce marché et surtout en faisant des mouvements très particuliers. Par exemple, il a vendu des parts gagnantes d’Harry Kane pour aller se repositionner sur ce classement-là. »
« D’un point de vue probabilité statistique, il n’y a aucun intérêt, si on n’a pas d’informations, à aller changer le pari de Kane Ballon d’or pour un pari Mbappé devant Yamal. »
Concrètement, un parieur prend moins de risque à miser sur Harry Kane vainqueur du Ballon d’or que sur les places exactes de deux joueurs, Lamine Yamal et Kylian Mbappé. Le tout pour seulement un gain potentiel de 20% à 30% de plus en fonction des heures où le parieur vend ou achète ses parts des paris sur Polymarket. Raphaël Pautard se montre clair: « le jeu n’en vaut pas la chandelle ». Pas besoin de prendre un tel risque pour un si faible gain.
Un seul utilisateur derrière douze comptes?
Au-delà des sommes misées et des paris à l’encontre des probabilités, Upside a également mis en lumière l’existence de schémas récurrents chez ces douze comptes créés entre 1er et le 20 octobre. Ainsi, sept d’entre eux n’ont parié que sur la soirée du Ballon d’or 2026 alors que six d’entre eux ont parié uniquement dans les 15 minutes après leur création et plus jamais ensuite.
« Ce fameux parieur, en plus d’avoir des habitudes de pari inexistantes sur le site avec des nouveaux comptes, ces douze comptes qui se sont succédé ont acheté quasiment en même temps, donc avec des intervalles de temps réguliers, ce qui peut laisser soupçonner que cette personne se déconnectait, changeait de compte et pariait sur différents scénarios », détaille également Raphaël Pautard auprès de RMC Sport.
Problème, contrairement aux sites de paris sportifs légaux en France, Polymarket ne vérifie pas l’identité de ses utilisateurs. Difficile d’assurer à 100% que ces douze comptes sont tous reliés à une seule et même personne. Même si le co-fondateur se veut confiant sur cette hypothèse grâce aux pseudonymes des parieurs suspects.
« On se base sur les heures des transactions, donc qui sont dans une time zone européenne, UTC+2. Et aussi surtout sur l’enchaînement. Par exemple, il y a un compte qui va acheter, et 20 minutes après il y a un autre compte qui va acheter, et un autre compte, et souvent avec la même séquence. Comme s’il y avait un protocole qui était en place. »
Les organisateurs du Ballon d’or peuvent contre-attaquer mais…
La possibilité de voir un parieur exploiter une fuite d’informations sur le top 5 du Ballon d’or existe mais semble assez peu probable. Reste désormais à l’organisateur du prix, France Football, de faire toute la lumière sur ce potentiel délit d’initié. En interne, forcément, cet éventuel scandale autour de la cérémonie fait parler et France Football pourrait même lancer des procédures légales en cas de fraude avérée. Mais là encore, ce ne sera pas chose aisée.
« Le problème, ça va être de dépendre dans quelle législation on est », souligne encore Raphaël Pautard. « À savoir qu’en France, utiliser Polymarket est interdit et il faut utiliser un VPN. Donc, est-ce qu’on serait sur le droit français? Est-ce qu’on serait sur le droit américain où est basé Polymarket? Ça veut dire que ces adresses-là, tant qu’elles ne vont pas tenter de retirer cet argent dans l’économie réelle, par exemple contre du dollar ou de l’euro, ça ne va pas passer par des plateformes qu’on appelle centralisées. Donc jusque-là on sera un peu dans le flou. »

Et surtout même en cas de plainte de France Football et des organisateurs du Ballon d’or, toute la procédure restera dépendante du bon vouloir de Polymarket. Et le patron d’Upside Groupe d’ajouter: « À un moment donné, si la justice a la possibilité d’aller chercher Polymarket, Polymarket a le moyen d’aller vérifier ces adresses-là. Soit en gelant les adresses, soit en faisant plusieurs mécanismes, et on pourrait potentiellement avoir l’identité (du parieur). […] Donc on est dans un flou total, et en toute honnêteté, je crois très peu à la démarche judiciaire en France. Il faudrait que ça remonte vraiment très très haut. »
En attendant de vouloir récupérer les gains accumulés en marge du sacre d’Harry Kane, ce ou ces parieurs ne seront pas identifiables facilement. Mais s’ils espèrent récupérer leur argent, tous les mouvements associés aux douze comptes suspects seront traçables et pourraient, potentiellement, permettre de remonter jusqu’aux utilisateurs auteurs de paris suspects.















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